Défis de l’écriture 2011 – « Jamais je n’oublierai »

Jamais je n’oublierai……… Ce n’est jamais qu’une histoire Comme celle de milliers de gens Mais voilà c’est mon histoire Et bien sûr c’est différent On essaie, on croit pouvoir Oublier avec le temps On n’oublie jamais rien, on vit avec. Hélène SEGARA, On n’oublie jamais rien, on vit avec Jamais je n’oublierai………… Ces quatre mots, il suffit de les entendre pour percevoir la détermination qui habite celui qui les prononce, celui qui n’oublie pas. Mais qu’est-ce qu’oublier ? Oublier c’est « ne pas avoir le souvenir d’une chose, d’un événement, d’une personne », nous dit le dictionnaire Le Robert. D’où on peut déduire qu’en disant « Jamais je n’oublierai », on signifie : « Toujours je me souviendrai ». Souvenirs. Il suffit de prononcer ce mot pour qu’aussitôt notre esprit se transporte en arrière, nous permettant ainsi de convoquer, et de rejoindre, notre passé. Un passé qui, à l’occasion d’un mot, d’un geste, d’une odeur, d’une rencontre, d’une parole, resurgit à notre mémoire. Spontanément, sans même qu’on l’ait convoqué, le souvenir nous donne à revivre tel moment, quelquefois bon, quelquefois moins, mais c’est ainsi, on n’a pas eu le temps de choisir, on a été pris au dépourvu. Là, il est de nouveau là le moment autrefois vécu, intensément présent, si clair qu’on peut encore en détailler précisément le déroulé avec des mots et des expressions qui permettent de percevoir la charge émotionnelle qui l’a accompagné. Cette évocation de souvenirs, c’est ce qu’il a été proposé de faire à des hommes et à des femmes qui sont engagés dans l’apprentissage, ou la réappropriation, de la langue française. Certains fréquentent les ateliers que mettent en place les structures implantées dans les territoires d’action sociale, d’autres bénéficient d’un accompagnement individuel par un bénévole du CRIL54, mais tous ont répondu à l’invitation du CRIL. S’il est vrai que ceux qui sont plus avancés dans la langue ont peut-être eu moins de mal, on peut cependant imaginer que, pour tous, la tâche s’est traduite par l’obligation de résoudre nombre de difficultés, tant il est avéré que l’apprentissage langagier n’est pas chose aisée, et encore moins quand il concerne la forme écrite. Ayant conscience de ces difficultés, nous tenons ici à saluer le courage qu’a su prendre chacun de ceux qui ont accepté de participer à l’aventure des Défis de l’écriture. Certains sont des fidèles, d’autres sont là pour la première fois. Parmi ces primo participants il y a ainsi vingt-cinq jeunes ayant moins de vingt-cinq ans. Le courage d’écrire, ils sont cent soixante Meurthe et Mosellans à l’avoir pris. Les lisant, on apprend que, pour nombre d’entre eux, ne se peuvent oublier les moments ayant partie liée avec le drame, ceux qui concernent ces deux points extrêmes que sont la naissance et la mort, ceux qui n’arrivent qu’une fois. Constituent un autre ensemble important, les personnes qui, jamais, ne pourront oublier le pays d’où elles viennent, ou leur arrivée en France. Reste les thèmes plus disparates. Là, on trouve le souvenir d’un être cher ou redouté, celui d’un voyage, d’une réussite, d’une rencontre. Hétéroclite est la production, mais toujours forte, car essentiellement empreinte de l’émotion qui a marqué chacune des tranches de vie qui sont rapportées. Passé le temps de l’écriture, le texte de chacun est parti au Centre Ressources Illettrisme où il a rejoint ceux qui, ainsi que lui, ont été écrits dans le cadre des Défis de l’écriture. Au Centre, il a été scanné, ou dactylographié, puis inclus dans l’ensemble à partir duquel l’imprimeur réalise le recueil qui est distribué lors de la manifestation de clôture de l’opération. A ce propos, impossible de taire ce moment, à la fois beau et simple, où chaque écrivant reçoit l’ouvrage qui contient son texte. Lui qui – elle qui – est en peine avec l’écrit, il a – elle a – maintenant, son nom et ses mots, dans un livre, un vrai. Ces mots, pour parvenir à les comprendre et à en maîtriser l’emploi, il est sûr qu’il est préférable de n’être pas seul et ce préambule souffrirait de l’absence d’une dimension s’il ne mentionnait pas ceux qui accompagnent les personnes que l’on nomme « apprenantes ». Car, là aussi il est nécessaire de faire effort, tant il est vrai que l’on n’enseigne pas à des adultes avec des méthodes destinées aux enfants. D’où l’importance de chercher, de questionner sa pratique, de la confronter à celles d’autres intervenants, soit toutes démarches qui exigent de se montrer disponible et de prendre le temps. Ici, nous tenons donc à remercier ces enseignants d’un type un peu spécial, pour leur générosité et leur implication. Reste que cette action ne pourrait être si elle n’était soutenue par les organismes qui nous accordent une aide financière. La subvention que chacun d’eux nous octroie nous est indispensable pour continuer à exister, aussi la recevons-nous comme une marque de confiance à l’égard des actions que nous mettons en place pour contribuer à la lutte contre l’illettrisme. Ici même, nous tenons à leur adresser nos remerciements.

Geneviève HENRY – COLIN,