Défis de l’écriture 2012 – « Sur mon chemin j’ai rencontré »

Sur mon chemin, j’ai rencontré……… telle est l’accroche à partir de laquelle le CRIL54 a lancé l’opération Défis de l‘écriture 2012. Le thème a vraisemblablement été porteur puisqu’il a conduit à la production de cent quatre-vingts écrits au fil desquels sont déclinés tous les sens que peut prendre le verbe “Rencontrer”. On voit ainsi que “Rencontrer” ce peut être : apercevoir – croiser – entrer en contact – faire connaissance – se trouver en présence de – établir une relation, tout comme c’est aussi : être confronté à – se heurter à – faire face à – affronter. Certes, nombre de manuscrits qui sont arrivés au CRIL54 témoignent de belles rencontres, de rencontres qui font du bien, donnent de la joie, mais il en est également d’autres qui disent les difficultés, les épreuves, la souffrance. Car s’il est vrai que l’on peut être agréablement surpris par le fait de trouver sur sa route des voisins, d’anciennes connaissances, des compatriotes, des gens qui vous accueillent, qui vous aident, avec lesquels on peut partager des moments conviviaux, il n’en demeure pas moins qu’il est des situations où l’on a affaire à des individus qui vous font du mal et qu’il vaut mieux quitter. Ceci étant, ce ne sont pas seulement des personnes que l’on rencontre et assez nombreux sont les écrits qui évoquent des éléments plus abstraits tels que le lien à un animal, la joie liée à la contemplation de monuments ou de paysages, le tête-à-tête avec une part d’enfance, le fait de découvrir le froid, la neige, l’automne, la confrontation à des travers, à des penchants caractériels qui font mal et qui blessent. Ainsi qu’il a déjà été dit, cette année 2012, cent quatre-vingts personnes ont pris le courage d’écrire. Car il faut du courage pour transcrire sur le papier ce qu’à l’oral on peut exprimer en usant de gestes, voire de mimiques ou d’intonations. La tâche est d’autant plus rude quand on n’a jamais vraiment appris à composer, que l’on a peu fréquenté l’école, ou que l’on n’y est pas allé. Produire un texte, même très court, est difficile, tous les linguistes s’accordent pour le dire, car il ne suffit pas d’avoir des mots, encore faut-il parvenir à les agencer de façon à constituer un ensemble cohérent, un tout qui fasse sens. Cela n’est pas chose aisée et exige à la fois de la volonté et du travail. D’où l’utilité d’être accompagné, soutenu pour pouvoir avancer. Cet accompagnement, il est le fait d’hommes et de femmes qui, une ou deux fois par semaine, donnent cours à des apprenants adultes, dont les âges s’échelonnent entre vingt-cinq et soixante-dix ans. Aide délicate qui requiert attention et humilité, car elle ne peut s’effectuer qu’au pas à pas, au rythme lent de tout apprentissage. Qu’ils soient bénévoles ou salariés, ils méritent d’être ici salués tous ces intervenants formateurs qui s’engagent en faveur de la lutte contre l’illettrisme. Au temps de l’écriture, succède celui de l’envoi au Centre Ressources Illettrisme de Meurthe-et-Moselle. Là, suivant le vœu émis par son rédacteur, l’écrit est soit scanné, soit dactylographié, puis envoyé chez un imprimeur chargé de réaliser un recueil rassemblant la totalité des textes ayant été produits. Lors de la manifestation de clôture des Défis de l’écriture, chaque apprenti écrivain reçoit un exemplaire de l’ouvrage imprimé. Pour lui, pour elle, c’est le moment de découvrir, non sans quelque émotion, le fruit de son travail d’écriture, inclus dans un vrai livre. Découvrir l’écrit et apprendre à l’utiliser a permis à l’homme d’accomplir un pas de géant dans la maîtrise de son environnement, car l’écrit c’est à la fois la trace et la transmission, mais aussi le socle sur lequel prendre appui et échanger pour établir de nouvelles connaissances. Certes, il est plus aisé d’asseoir un pouvoir sur un peuple qui ne sait ni lire, ni écrire, cela toutes les dictatures le savent, mais une humanité qui demeure limitée et bornée court à sa perte, et désormais, il est sûr qu’aucun progrès ne peut être réalisé, en dehors de la culture écrite. D’où il importe que ne cesse de croître le nombre d’hommes et de femmes capables de pouvoir maîtriser l’écrit dans leur quotidien. Cette exigence, c’est celle qui doit être au cœur de toute démocratie. Sans nos financeurs, nous, administrateurs et salariées du Centre Ressources Illettrisme de Meurthe-et-Moselle, ne pourrions la faire valoir. Dans le cadre de cette préface, nous tenons donc à remercier ceux qui, par le biais des subventions qu’ils nous octroient, nous permettent de continuer à mettre en place des actions telles que les Défis de l’écriture pour lutter contre l’illettrisme. “Toute vie véritable est rencontre”, a écrit Martin Buber, philosophe autrichien pour lequel l’homme ne peut accéder à une vie authentique que s’il entre dans la relation. Alors, que vous soient sources de plaisir les rencontres que vous allez faire en découvrant les textes qui composent le livret que vous tenez dans vos mains.

Geneviève HENRY – COLIN,