Défis de l’écriture 2014 – « Dis-moi dix mots……..à la folie »

Dis-moi dix mots……. à la folie    
Ambiancer A tire-larigot Charivari S’enlivrer- Faribole Hurluberlu Ouf Timbré Tohu-bohu Zigzag
    Vous qui les lisez pour la première fois, que pensez-vous de ces mots ? Et que diriez-vous si on vous demandait d’écrire un texte les contenant, sinon tous, du moins le maximum d’entre eux ? Pour originale qu’elle soit, c’est pourtant bien cette proposition que les administrateurs du CRIL ont retenue pour les Défis de l’écriture de cette année 2014. A l’origine de cette idée, deux éléments importants : d’une part, celui tenant au désir d’explorer une approche plus langagière, moins dépendante du vécu émotionnel ; d’autre part, celui tenant à une opportunité de financement, liée à ce choix. Ceci étant, pour surprenante que puisse paraître cette proposition, il importe de préciser qu’elle n’est pas neuve, puisque présentée chaque année par le Ministère de la culture et de la communication, dans le cadre des manifestations mises en place par la Délégation générale à la langue française, pour mettre en valeur la façon dont le concept de francophonie se décline à travers le monde. Tous les ans, au printemps, dix mots sont ainsi délivrés, et chacun peut s’en saisir à sa façon, de quelque manière que ce soit, sans devoir forcément répondre à une forme préalablement définie. D’aucuns écrivent des poèmes ou des textes, ou bien se lancent dans la création d’une grille de mots croisés ; certains organisent des tournois de slam, des concours de dessin ou de définitions, des débats, des joutes oratoires ; d’autres n’hésitent pas à s’investir dans une opération micro-trottoir ou dans l’organisation d’un match d’improvisations. En cette année 2014, au CRIL, on a donc pensé intéressant de tenter l’aventure, même si, au départ, elle ne pouvait paraître que fort osée, voire risquée, sachant que les personnes accueillies au Centre Ressources Illettrisme n’ont, par essence, qu’une très faible maîtrise de la langue française. Certes, il s’agit là d’une réserve qui mérite d’être prise en compte, mais, sans chercher à l’occulter, il est possible de la dépasser pour inviter ces mêmes personnes à constater que l’on peut jouer avec la langue, qu’elle n’est pas que grammaire et orthographe, et qu’il ne faut pas hésiter à franchir ces limites très scolaires pour en découvrir les richesses et les possibilités d’inventivité, ouvertures permettant à ladite langue de demeurer vivante et créative. En dépit du caractère inédit de l’accroche proposée et au-delà de l’effet de surprise qu’elle a pu provoquer, ils sont cent soixante-cinq à s’être collés à la tâche, la plupart individuellement, quelques uns en s’y mettant à plusieurs, ces derniers peut-être conscients du fait qu’en agissant ainsi on a indéniablement davantage de courage pour affronter l’adversité. Ceci étant il est important de préciser qu’ils n’ont pas été laissés seuls mais accompagnés par des formateurs ayant eux-mêmes expérimenté la chose avant de se risquer à la proposer. Reste que, passé le premier contact avec ces termes peu courants, il faut ensuite les agencer pour en faire un texte, opération pour le moins complexe et délicate, en vérité. S’il en est certains qui ont peut-être fait la grimace, d’autres, au contraire, semblent avoir trouvé cela drôle et avoir pris plaisir à relever le défi. Leurs textes nous invitent à lâcher prise et à faire la fête, à rire des situations dans lesquelles on est placé, que ce soit lors d’un anniversaire ou d’une soirée, à l’occasion d’un mariage ou d’un déménagement, chez les pompiers, à l’aéroport, sur l’autoroute, voire au musée ou dans un magasin au moment des soldes. Et comment ne pas être touché par la rencontre de celui qui a trouvé des amis, celle de Pierre Loup ou du motard, celle du grand-père qui fête ses quatre-vingts ans ? Quant à s’enlivrer, impossible d’y parvenir sans s’extraire du tohu-bohu et du charivari, en demeurant avec les timbrés et avec les hurluberlus. Là, c’est le silence qui s’impose et permet de pousser un “ouf” de soulagement. Certes, il faut peut-être raconter des fariboles pour quitter le lieu ambiancé, non sans zigzaguer d’ailleurs, pour avoir bu à tire-larigot. Si la plupart des participants paraissent s’être incontestablement amusés, il en est cependant qui sont restés cois. Néanmoins désireux de participer, ils ont décidé de prendre la tangente. De la consigne donnée, ils n’ont retenu que la “folie” et autour d’elle, ils ont brodé. Plus décontractés, certains se sont nettement affranchis de la consigne et ont produit un écrit à partir de mots par eux choisis. Mais l’essentiel n’est-il pas que tous y aient gagné une meilleure maîtrise de la langue et de son utilisation ? Au fil des ans, Les défis de l’écriture, sont devenus l’opération phare du CRIL54, celle à laquelle les intervenants au Centre Ressources Illettrisme sont attachés parce qu’elle constitue une opportunité unique d’écrire pour des hommes et des femmes qui, jusque là, ont été exclus de cette forme d’expression. Mieux : en participant à ladite aventure, au-delà du fait d’écrire, ils sont aussi publiés, ceci signifiant que des inconnus vont prendre en considération les mots qui viennent d’eux. Belle reconnaissance, en vérité. Merci donc à celles et à ceux qui, cette année encore, ont pris le courage d’écrire. Et merci aux hommes et aux femmes qui les accompagnent, eux les ouvriers de l’ombre qui permettent que soit franchi un bout du chemin sur lequel chacun acquiert, à son rythme et selon ses capacités, les savoirs donnant accès à la maîtrise de l’écrit. Reste qu’aujourd’hui, quel que soit le projet, il nécessite d’être alimenté financièrement pour pouvoir être mis en œuvre. Alors, merci aux services et organismes administratifs qui nous accordent des subventions. Leur concours permet indéniablement de gagner en humanité, tant il est vrai que : “Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde »[1]. [1]  Christian BOBIN, Les ruines du ciel, Paris, Gallimard, 2009

Geneviève HENRY – COLIN,